Texte de l'hommage du personnel du département Techniques de Commercialisation de l'IUT de Moulins lu lors de la cérémonie par Patrick BOURGNE
"Pas facile.Pas facile de dire ce qu'on ressent, parce qu'on a pris cette nouvelle à la fois par derrière, comme un coup de massue sur la nuque et en pleine face. Comme une grande gifle, un matin ordinaire, un lundi pour nous dire : vous voyez bien que ça existe, la mort, que c'est pas une idée en l'air, loin, très loin. Et on ne voulait pas y croire ; on n'y croit toujours pas : on n'arrive pas à ce faire à l'idée. C'est d'ailleurs froid comme une idée, c'est abstrait, sans cohérence.
Eric, beaucoup d'entre nous l'ont vu la semaine avant son départ. Comme d'habitude, mais en mieux : le sourire de d'habitude mais en plus large, la bonhomie habituelle, en plus chantant, les yeux vifs, en plus pétillants, avec la patte d'oie presque sauvage qui frissonnait d'impatience.
Il parlait, il parlait même beaucoup, comme d'habitude (il avait ses défauts : les morts ne deviennent pas tout à coup des saints ! Entre autres, c'était un bavard invétéré et il détenait le record absolu de l'IUT en matière de blagues faciles !...).
Donc, il parlait. De sa femme, comme d'habitude. De son fils, sa joie, sa fierté. De sa fille, son espérance.De sa maison, son orgueil. Du bonheur de vivre ; de la simplicité des choses belles et bonnes : la lumière, un sourire, un mot, un bon mot, de la musique, de l'amusement, de ses étonnements (une naïveté sans cesse recommencée sur l'université, les étudiants, les collègues, l'enseignement avec ou sans bac, mais aussi sans doute sur le monde, sur l'amour, sur la vie...).
Des étonnements. Et nous voilà, nous, comme frappés d'un coup de tonnerre, sans pouvoir comprendre, sans pouvoir croire. Incroyablement absurde. Il n'y a qu'intellectuellement qu'on sait. Affectivement, par la peau, par les nerfs, par les sens, on ne peut pas admettre.
On pense à vous. Nos mots sont dérisoires, forcément. De la poussière. Ils ne peuvent même pas rejoindre votre peine.
Ils ne sont là que pour vous dire qu'on ne vous connaît pas, mais qu'on vous aime."
Texte du chanoine irlandais Henry SCOTT lu lors de la cérémonie par Jean-Marc, frère d'Eric
"L'amour ne disparaît jamais
La mort n'est rien.
Je suis seulement passé, dans la pièce à côté.
Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j'étais pour vous,
Je le suis toujours.
Donnez moi le nom que vous m'avez toujours donné,
Parlez moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent,
Ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison
Comme il l'a toujours été,
Sans emphase d'aucune sorte,
Sans une trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.
Elle est ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées,
Simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attends.
Je ne suis pas loin.
Juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien."
Texte du témoignage de Didier JOURDAIN, son professeur à l'Ecole de Commerce et surtout son ami, lors de la cérémonie
"Après de riches et multiples expériences, tu avais finalement choisi, Eric, de devenir enseignant. Tu avais raison ; c'est un beau métier qui permet des rencontres que l'on n'oublie jamais.
Chacun d'entre nous, j'en suis sûr, se souvient encore d'un mot ou d'une phrase prononcés par l'un des enseignants qu'il a eus dans son parcours scolaire. Parfois, de simples propos échangés avec un professeur, le plus souvent en dehors de la salle de classe, ont marqué à vie des étudiants et ont été suffisants pour affronter des situations difficiles ou trouver la motivation pour aller au bout de leurs efforts ou de leurs rêves.
Mais ces rencontres sont aussi riches pour un professeur lorsqu'il a la chance de croiser dans sa carrière des étudiants atypiques ou brillants ou à la personnalité exceptionnelle. Et comme tu avais ces trois qualités réunies, Eric, la rencontre est inoubliable.
Non, tu n'étais pas dans les canons habituels des jeunes qui intègrent l'école de commerce lorsque tu as rejoint les bancs de cette école à 36 ans mais déjà riche d'une belle expérience de brillant saltimbanque comme me l'a écrit ton frère Jean-Marc.
Brillant, tu ne l'étais pas seulement au piano mais aussi dans la salle de cours ou dans tes formules caustiques à l'humour ravageur quand tu venais me faire un compte-rendu des cours dispensés dans les sciences molles.
Enfin et surtout attachant par tes qualités humaines empreintes de bonne humeur permanente, de capacité d'écoute et d'entraînement, d'esprit de camaraderie, de générosité et de joie de vivre, avec un c½ur gros comme ça, qui faisait de toi un être exceptionnel comme en attestent tous les témoignages du blog de ceux qui t'ont connu de près ou de loin, un peu ou beaucoup, trois heures de cours ou des années.
Cher Eric, en te proposant de me rejoindre à la faculté , j'ai peut-être modestement contribué à ce que le brillant saltimbanque devienne un enseignant inoubliable, mais tu as surement contribué à ce que l'enseignant que j'étais réalise un soir de décembre 1995 son rêve de devenir à son tour un vrai saltimbanque.
Car, comment pourrais-je oublier cette soirée au cours de laquelle tu m'avais entraîné, toi et tes amis Vincent, Karim, Manu, Estelle et vingt autres étudiants à me transformer à 45 ans en Tina Turner sur la scène de l'école devant 400 personnes pour un moment de joie intense et de bonheur partagé que chacun d'entre nous portera à jamais dans sa mémoire.
Quel autre que toi, à qui on ne pouvait résister à ton désir de faire partager tes passions aurait pu me décider quelques mois plus tard à faire un stage de parapente avec tes amis de Saint-Sandoux.
Cher Eric, pour tous ces moments intenses passés ensemble, pour tous ces éclats de rire, je te dis simplement merci en regrettant qu'ils aient été trop courts.
Nous sommes nombreux dans cette assemblée à ressentir un profond sentiment d'injustice à propos de ta disparition au moment où tu accomplissais un énième acte de générosité et d'amour, pour ta douce Diane, pour Benjamin et pour Eloïse.
Ce destin cruel doit permettre à chacun d'entre nous de mieux mesurer la chance qu'il a eue de connaître et de rencontrer Eric ATLAN qui a distribué plus d'amour en 48 ans que nombre d'entre nous ne saurions le faire, fût-ce en vivant 100 ans.
Eloïse, tu n'auras eu cette chance que peu de temps mais sache que le papa qui t'a serré si fort dans ses bras était un grand monsieur et que tu en seras très fière.
Pour toi, pour Benjamin, pour Diane, pour ta famille et pour tous ceux qui sont rassemblés ici, je souhaiterais tout simplement dire à Eric : SALUT L' ARTISTE !"
Les passages musicaux
. Choral de Bach joué à l'orgue par Chystel
. "Pie Jesu" de Fauré, chanté par Florence accompagnée à l'orgue par Chrystel
. "Tears in heaven" d'Eric Clapton, interprété par Hervé et Vincent
. "The Rose" de Bette Midler, interprété par Hervé et Vincent
. "Valse de Melody" de Jane Birkin avec Moumen, morceau du disque de Jane Birkin intitulé "Arabesques"
. "Halleluja" de Jeff Buckley, interprété par Hervé et Vincent
. Morceau de lap steel joué à la guitare par Jérôme
. "Jesus que ma joie demeure", cantate 147 de Bach